Vinted, c'était mieux avant
Ça y est, je suis assez vieille pour le dire
En Octobre dernier, pour soulager une crise existentielle avant de passer à la suivante, j’ai catalogué toute ma garde-robe sur l’application Indyx. Si vous n’en avez pas entendu parler, il s’agit d’une app qui permet de prendre en photo vos vêtements et de pouvoir créer des collages de vos tenues pour essayer des combinaisons sans faire des milliers d’essayages. Comme je porte environ une tenue « emblématique » (entendre le même vieux pull) durant chaque saison, je me suis dit que c’était l’occasion de mieux rentabiliser mon dressing. Pour chaque pièce, il est possible d’en indiquer la provenance et le prix. Sans surprise, ma garde-robe est constituée à 95 % de pièces de seconde main, dont une grosse moitié provenant de Vinted. Et après treize ans passés sur la plateforme à acheter ou à vendre, je me sens assez impliquée pour en parler.
L’antre du dropshipping
Depuis quelques années, Vinted s’est peu à peu transformé en résidence secondaire de Shein. Si vous recherchez n’importe quel type de vêtements, il y a fort à parier qu’une pièce du géant chinois vous sera proposée. Le problème, c’est que les vendeur·euses ne sont pas toujours honnêtes à ce sujet.
Il y a trois ans, j’ai acheté un lot de trois robes pour une quinzaine d’euros, toutes indiquées « vintage ». Toutes à fleurs, deux avec étiquettes, et une sans marque. Sur la page de la vendeuse, aucun vêtement Shein. Mais à la réception, j’ai un doute concernant la robe sans identité. Un petit coup de Google lens plus tard et je la retrouve sur le site chinois.
Pour le prix du lot, je n’ai rien dit, et je l’ai revendue en indiquant cette fois-ci sa provenance (notamment car elle taillait super mal).
Cette expérience m’a laissé un goût amer, et depuis je passe mon temps à vérifier les marques. Hé bien laissez-moi vous dire que je ne suis pas prête de racheter sur cette plateforme.

L’autre jour, j’ai passé UNE HEURE à chercher une salopette. À chaque fois qu’un modèle me plaisait, j’ai googlé la marque indiquée et la plupart du temps il s’agissait… vous l’avez deviné, de dropshipping.
Et même si je me tourne vers Levi’s, Carhart, Tommy Hilfiger ou Dickies, qui me dit que ce n’est pas une contrefaçon ?
À ce stade j’ai plus vite fait d’attendre un passage en frip’ ou de me remettre à payer le prix du neuf pour ne pas passer des heures entières à scroller entre les différentes annonces. D’ailleurs, il est bien dommage de ne pas pouvoir filtrer pour enlever certaines marques.
Le monopole d’un marché en pleine expansion
Au printemps 2013, Vinted est arrivé en France. Déjà cliente d’Emmaüs, de friperies, ou des salons du type Marché de la Mode Vintage, j’y ai vu l’occasion de trouver de nouveaux vêtements à moindre coût, mais aussi de pouvoir vendre ceux que je ne porte plus. Avec le temps, la plateforme lithuanienne a absorbé de plus en plus de petits sites dans son écosystème. Et aujourd’hui, on récolte ce qu’on a semé, c’est-à-dire de la merde.
Avec chaque mois qui passe, de nouveaux pays sont disponibles sur le marché de la mode d’occasion qu’est Vinted. Et s’il s’agit d’une opportunité pour être exposé à davantage d’articles et de potentiels acheteur·euses, il est aussi logique que cette expansion soit due au rachat de plateformes nationales.
Dans sa vidéo, l’éco-influenceuse et conférencière Gittemary Johansen déplore la disparition du site danois trendsales.dk au profit du géant Vinted. Pour elle, il s’agit du signal qu’un monopole est en train de se créer, et cela ne peut pas être une bonne nouvelle.
Déjà présent dans 18 pays d’Europe en 2023, Vinted est désormais un incontournable du secteur de la seconde main. Votre friperie locale vend probablement des pièces via un compte pro, et votre petite cousine n’a jamais entendu parler d’eBay ou de leboncoin.
En quoi c’est mal ? Hé bien une fois que le petit v blanc dans un carré bleu aura tout absorbé, il n’aura plus à se soucier d’apporter un service de qualité. En fait, c’est déjà le cas.
Si vous avez déjà eu le malheur de devoir ouvrir un litige sur la plateforme, vous saurez qu’elle donne automatiquement raison aux acheteurs. Elle suit un protocole établi avec des réponses toutes faites, et vous ne vous retrouverez jamais au contact d’un humain pour régler le problème.
Pire, une arnaque bien rodée est née, celle des colis vides. En tant qu’acheteur, elle consiste à ouvrir un litige pour colis reçu vide ou ouvert, et vous pouvez être certain·e que vous serez remboursé·e par la plateforme. En revanche, le vendeur, lui, ne touchera pas l’argent de sa vente, et ne reverra jamais son bien. D’ailleurs, sur le subreddit r/vinted_france, lorsqu’on recherche “arnaque colis vide”, on ne manque pas d’exemple.
Dans la même veine, la modération laisse de plus en plus passer des photos 100 % IA et des profils qui ne font que de la revente de contrefaçons. Par contre, si j’ai le malheur de poster une photo mal éclairée, mon article sera retiré de la vente, lol.
Arrêtez de négocier 1 € sur des articles à 5, par pitié
Dans la veine « c’était mieux avant », je me souviens de l’époque où l’ambiance sur Vinted n’était pas celle d’un vide-grenier de campagne où tout le monde essaie de gratter cinquante centimes à la négo. Les acheteuses (au début on était qu’entre meufs, le paradis) étaient hyper sympas, on discutait par messages, et personne n’essayait de nous vendre une vieille veste Zara pour quarante balles.
Le forum
Si vous étiez sur Vinted autour de 2014 / 2015, vous vous souvenez peut-être du forum. Il s’agissait presque d’un petit réseau social où les vinties pouvaient échanger, faire de la pub pour leur dressing, ou même s’épancher sur leurs problèmes de cœur.
À l’époque, ça me faisait parfois un peu sourire. Je n’aurais jamais eu l’idée de publier anonymement mes chagrins d’amour ou le récit de la fin d’une relation. À la place je spammais mes copines à 22 h sur Facebook, mais je ne me suis rendue compte que plus tard que l’amitié est un privilège.
Dans cet espace dédié à la communauté, j’ai en revanche trouvé pas mal de recettes, de DIY, de bons plans. J’ai même discuté pendant assez longtemps avec certaines des membres, auprès desquelles je me suis confiée sur des sujets plus persos que la mode ou les soins du visage.
Évidemment, le forum a connu son lot de trolls, des mecs venus pour la plupart du légendaire 18-25 de JVC. Ils se moquaient de nos posts ou alors inventaient des histoires pour susciter la sympathie puis finissaient par montrer leurs vraies couleurs.
Il y a déjà un peu plus de deux ans que le forum Vinted a fermé ses portes, et a emporté avec lui près de dix ans de discussions dans sa tombe. Des jeunes femmes se sont confiées sur leur copain violent, ont annoncé une grossesse longtemps désirée, ont remis en question ce qu’elles pensaient être vrai à propos de nombreux sujets.
Ainsi, Vinted a perdu un peu de son âme et est devenu un e-commerce comme un autre, et j’oserais même dire une marketplace d’arnaqueurs bien rodés.
L’absence de plateforme
Pour revenir sur le sujet des arnaques, j’aimerais remonter dans le temps, durant les deux premières années de Vinted. À ce moment-là, les achats se faisaient entre membres, via Paypal, virement ou même envoi de chèques si la vente se faisait à distance ; en liquide si remise en main propre (RMP pour les intimes).
Alors que leboncoin a attendu 2018 pour introduire son système de paiement sécurisé, Vinted a mis en place sa plateforme dès 2015. Avec comme partenaire Mondial Relay et La Poste, les tarifs des envois sont devenus très attractifs, la commission prise par le site un peu moins.
Cette commission n’a jamais changé et elle est restée à 0,70 € + 5 % du montant de l’article. Sur les vêtements “de luxe”, la commission commence à peser, et sur les petits achats aussi finalement. D’où le fait que acheteurs et acheteuses se sentent obligés de négocier des montants ridicules comme 1 ou 2 euros : si vous trouvez un t-shirt à 5 balles, avec la commission et les frais de port, il reviendra à 10. À ce stade, autant aller à Monop’.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’absence de paiements sécurisés en interne n’engendrait pas tant d’arnaques que ça, car on se méfiait davantage. L’arrivée de la plateforme d’achat/vente a donc été reçue de manière mitigée : à la fois pratique car elle centralise tout, elle a fait grimper les prix très rapidement.
Aujourd’hui, malgré tous les gardes-fous, l’arnaque a de beaux jours devant elle.
Conclusion : j’ai la flemme
Depuis 2014, je n’ai pas passé une seule année sans rien vendre ni acheter sur Vinted. Sur mon profil j’ai plus de deux cent évaluations positives, une petite liste de favoris, et encore quelques articles à la vente.
Cependant, j’ai de plus en plus la flemme. Je me retrouve trop souvent en contact avec acheteurs et vendeurs malhonnêtes et irrespectueux. Il y a quelques années, une femme m’a demandé de lui réserver une guirlande lumineuse que je vendais cinq euros, durant une semaine, le temps qu’elle soit payée. Aucun problème.
Le jour de la vente venue, elle me recontacte, et me fait une offre à trois euros. Quelque chose a grillé dans mon cerveau à ce moment-là car je n’ai jamais autant eu envie d’insulter une personne sur Internet. Je lui ai fait une offre à 2000 balles et je l’ai bloquée avant de dire quelque chose de vraiment désobligeant.
Il y a aussi eu la fois où j’ai acheté un pull pour homme en L, et où j’ai reçu un pull feutré dans lequel un gosse de douze ans rentrerait à peine. Par message la meuf a continué à être de mauvaise foi et ça m’a profondément saoulé.
Une mauvaise expérience après l’autre, j’en viens à laisser tomber. Le temps qu’il faut pour économiser dix euros et un voyage à la ville ne vaut plus le coup. Il est l’heure de retrouver les journées shopping entre copines et d’arrêter de soutenir un système qui, quoi qu’on fasse, nous chie dessus au moindre souci.
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J'irais même plus loin que toi sur les problèmes de la plateforme. Depuis deux mois où j'y vais, mon accueil est empli de photos de nanas presque dénudées et qui vendent des vêtements que personne de sensé n'oserait porter en dehors d'un tournage érotique ! Je n'ose même plus ouvrir l'appli en public tellement j'ai l'impression d'ouvrir une appli p*rno...
Et rien de ce qui m'est proposé ne correspond à ce que je cherche (à savoir des livres). Je trouve que cette plateforme a beaucoup (trop) changé et pourtant je ne l'utilise que depuis 2/3 ans. Je n'envisage même plus d'acheter dessus car même un livre à 1€ me revient à 5€ avec les frais de port (on évite l'abréviation pour celui-ci...) et les frais Vinted.
"C'était mieux avant" 🫣🤭
Franchement, en tant que vendeuse, j’en peux juste plus de mettre des articles à 5 euros pour que les gens me les négocient à 2€. Je craque 😅 et je me demande même si je vais pas supprimer mon compte carrément.